Site Meter Précontraint: 06/2007

08/06/2007

La feuille plaintive

Il était une feuille avec ses lignes. Elle se lamentait sans cesse: « J’aimerais que mes lignes soient parallèles comme celles d’une feuille de plan de mil ou de maïs » disait-elle. Elle le disait à tous ceux qui venaient lui rendre visite. Mais ils faisaient toujours la sourde oreille. La plupart venaient seulement pour combattre leur pire ennemie, la faim. Ainsi, lorsque la feuille commençait à lancer ses paroles plaintives le singe jouait avec un fruit, l’hippopotame baillait, l’éléphant taquinait une branche, comme pour lui dire tout simplement « Ta gueule! ». Avec politesse, ils prenaient ensuite congé d’elle en pensant qu’elle devenait de plus en plus forcenée.

Un matin pluvieux, Hanneton, coureur d’aventures percute un citron. Comme à l’accoutumée il engage la conversation.
- Oh excuse moi! As-tu la paix?
- Oui, la paix seulement, répond poliment le citron.
- Joli citron, je sais que tu aimes ta peau et que tu en es fière, mais tu ne comprends pas pourquoi ton intérieur est si acide. C’est le seul défaut que tu as et cela de chagrine. Si tu veux, je peux t’aider à changer cela.
Mais le citron n’est pas d’humeur à discuter. Vaniteux qu’il est, il était déjà indigné qu’un vulgaire hanneton ait osé touché sa peau si précieuse. Il lui crache dans les yeux comme un mal élevé.
-Maintenant, tu sais ce à quoi me sert mon liquide acide, lui lance-t-il. Si tu veux parler, va voir cette idiote de feuille. Elle ne demande que ça.

Le hanneton, pas rancunier, se dirige tranquillement vers la feuille.
- Oh hanneton, voyageur solitaire, envoyé secret de la nuit. Peut-être ta sagesse me sera-t-elle utile! Dit la feuille heureuse de voir encore un visiteur.
Le hanneton se gonfle de fierté. La feuille répète alors sa sempiternelle phrase: « J’aimerais que mes nervures soient parallèles ».
- Je peux t’aider, réplique le hanneton. Mais il faudra que tu viennes avec moi cette nuit.

Lorsque le soleil, fatigué de ses courses, regagna son lit, laissant sa place à la lune pour veiller sur la forêt, le hanneton et la feuille partirent pour l’aventure. Ils s’enfonçaient à travers bois et champs. Des heures durant ils marchaient. Les heures donnèrent lieu à des jours, les jours à des mois…
Finalement, des années s’étaient envolées d’un vol mystérieux, et c’est un soir qu’ils arrivèrent devant un vaste océan. Le hanneton demanda à la feuille de l’attendre et alla vers la mer. La feuille tremblante de peur, se mit à chantonner pour se donner du courage.
- Il ne faut pas siffler entre ses dents la nuit, on risque d’attirer à soi une sirène! Sur ce, le hanneton disparut.
Il revint après quelques heures.
-Je t’apporte cette petite algue qui se mêlait à l’écume de la mer. Elle résoudra ton problème.

Rêve

J’ai fait un rêve. En sortant de chez ma copine, chez qui nos ébats s’étaient déroulés sans lanoufrai, je ne reconnaissais plus les lieux. J’étais dans une rue déserte, et tout autour, des arbres centenaires. Des paingrocents lançaient des cris lugubres. Je distinguai à la cime d’un chêne l’un d’eux dont le visage faisait penser à un marglouchi. Suspendu par la queue, la tête en bas, il tenait à la main une bouteille de virguplon. Un autre était assis sur un gnézoga au bord de la route. Il me fixait, immobile, de ses yeux jaunes de feu. Pris de panique, je me saisis d’un roirsaipoir dans le gros tas qui jonchait le sol. Il disparut instantanément. Je me mis à crier mais aucun son ne sortait de ma bouche. Je me mis à courir mais je restais sur place. Un long frisson parcourut mon dos. De grosses gouttes de sueur perlaient sur mon front. C’est à ce moment que je me réveille……..

Par cette belle journée d’hiver, elle cheminait tranquillement, en déplorant cependant l’insoutenable chaleur qu’il faisait pour cette époque. Le soleil, haut perché dans un ciel sans pitié qui avait pris soin de balayer tous ses nuages, agressait en effet violemment les nonchalants promeneurs de la région. Enfin, lorsque la sueur commençait à rendre insoutenable la promenade qu’elle avait entreprise, elle alla se réfugier sous un des quelques nirbucrants du parc. Encore que ces lieux furent devenus une habitude pour tout et un chacun, l’effet en était toujours saisissant. D’abord, elle sentit les gouttes de sueur se cristalliser sur son visage, son front virait au blanc bleuté d’une neige sableuse. Autour d’elle, le paysage était celui d’un autre monde. Ou plutôt, le même monde, vu d’un autre regard. Les arbres qui, il y a quelques secondes, respiraient une vie renaissante, lui figurèrent à présent nus et desséchés, recouverts d’une fine pellicule cotonneuse et glaciale. Mais les arbres n’étaient que les représentants d’une atmosphère unique. Les passants étaient à présent chaudement emmitouflés, là où auparavant, ils ne portaient au plus qu’un vêtement léger sur le corps. Seule elle, était restée la même. Elle n’avait pas froid, mais la sensation de chaleur avait subitement disparu.

Elle savait qu’il suffisait d’un seul pas pour que tout retourne à la normale. Pouvait-elle, toutefois, nommer « normal » un lieu où l’on transpirait par un simple soleil hivernal ? Elle se prit à imaginer, d’un seul coup, et sans trop savoir pourquoi, que la véritable fonction des nirbucrants n’était pas tant d’offrir un confort supplémentaire conçu par quelques scientifiques en mal d’imagination, mais davantage de permettre à chacun de mesurer le degré de déréliction qu’avait progressivement atteint le monde dans lequel ils continuaient, plus insouciamment que jamais, non pas à vivre, mais à exister.

Articule Belzébut,

Caduque douleur encore froissée,

Glaise hypocrite invalidant jusque Kafka libéré,

Malheureux !

N'oppose pas quêtes ratées sous travers usurpés,

Vieille Walkyrie xénophobe,

Yalta Zoroastrique !

Allons bosser chez Dine. Élégant, fanatique, gentleman, humoriste, il joue « Kakou le malheureux nain ». On pourra quasiment reproduire ses théâtres. Utilisons vos Wurtz: Xavier y zozotera.

Alain bénissait ces délires et fantasmes, gammes harmoniques. Il jouait kilométriquement, le monde nouveau offrant plus que rimes surfaites. Tout un vieux wagon xylophonique y zozotait.

Lettre d'un prisonnier

ma nerveuse maman,
merci encore car ouvrir une serrure sur nos souvenirs arraisonne mes soucis. marmonner comme un moine morose à causer ovaire avec ces sacs aux airs cirés ni mous ni vivaces me crève mon caisson, sans air où caser ma misère. sans si, ce murmure va récuser ma noire caravane à sermons. ici croire au moi en naissance me ramène à vous ma mère.

Lettre au maire

monsieur mass, maire à venise

nous venons vers vous car nous sommes usés, moisis. nous écrivîmes au maire mauricien. rien. nous sommes incarcérés car nous aurions cramé une caravane. mais nous nions. nous nous amusions à creuser et semer mines. un mauricien s’écrasa avec sa caravane.


ici nous consommons sauces crasseuses. un miroir nous renvoie images moroses. en voici une. sous six mois, nous mènerons une ruée vers un mur, mieux, nous casserons un mur. sinon, mourir, ça sera encore mieux. merci.


Mon amie, mon amour,


Ici, on s’ennuie à mourir. On s’essaie à survivre. On crie, mais on n’a rien. Une missive, comme ceci, m’amène à revivre. Ma mémoire, mes souvenirs commencent à revenir. Sans vous, mon âme morose crie à mon cœur morne. Sans vous, ma vie n’a aucun sens. Vieux, crasseux, soumis, voici comme nous sommes ici. Mais on savoure encore, aussi, nos souvenirs. Un souvenir. Vous, mon amie. Mon amour a survécu, même avec ces six vaines années sans vous. Vaine, aussi, mon innocence.

Encore une année à survivre sans vous. Sans mon âme.


A vous revoir, mon amour,

Xavier.

Le soleil commençait à s’affaiblir, en cette fin de journée. Mais les arbres offraient une ombre considérable, dans laquelle il faisait bon de gambader. Par ailleurs, le coin était désert, ce qui ne gâchait rien. Mais lui n’avait aucune envie de gambader. Au contraire, les passants, s’ils avaient été là, auraient pu le voir courir énergiquement le long de l’allée. Vous me direz : comment diable puis-je le savoir, puisqu’il n’y avait aucun témoin ? Eh bien, mais la réponse est simple. Lui, c’est moi. Et moi, c’est lui. Bref, cela est sans grande importance. Il courait, donc, vers le rayon de soleil qui perçait au bout de l’allée. C’était là homme de grande constitution physique, à n’en pas douter, car même moi, je n’aurais pu faire la moitié de la performance sportive qu’il réalisa ce jour. Arrivé au bout de l’allée, enfin, il croisa un autre homme, qui semblait avoir couru, comme lui, mais à partir d’une autre direction. Il lui dit, sans perdre son temps en formalités :

- « Alors, vous aussi, vous voulez rejoindre le soleil ? »

L’autre répondit, indigné :

- « Mais que me contez-vous donc là ? J’en viens, du soleil, Monsieur ! »

- « Vous en venez ? Mais il est là, devant vous, pourtant ! »

Il réfléchit un instant.

- « C’est pourtant vrai » admit-il. « Mais n’allez pas croire que je suis fou ! »

Il se tourna un instant, afin de réfléchir à ce paradoxe. L’autre fit :

- « Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais poursuivre ma quête. Au plaisir ! »

Mais il n’entendit pas ces paroles. Il lui sembla, l’espace d’un instant, que le monde était fou, en plus d’être dépourvu de logique.

Puis il reprit ses esprits, et se rappela qu’il était toujours en train de courir. Le soleil luisait d’un éclat terne, loin devant lui. Parvenu au bout de l’allée, il reprit un moment sa respiration. Il jeta alors un regard en arrière, pour juger du chemin parcouru. Il aperçut alors les quelques rayons du soleil au fond du sombre chemin, et se rendit compte que, là où il se trouvait, il faisait nuit noire.