Site Meter Précontraint

08/06/2007

Par cette belle journée d’hiver, elle cheminait tranquillement, en déplorant cependant l’insoutenable chaleur qu’il faisait pour cette époque. Le soleil, haut perché dans un ciel sans pitié qui avait pris soin de balayer tous ses nuages, agressait en effet violemment les nonchalants promeneurs de la région. Enfin, lorsque la sueur commençait à rendre insoutenable la promenade qu’elle avait entreprise, elle alla se réfugier sous un des quelques nirbucrants du parc. Encore que ces lieux furent devenus une habitude pour tout et un chacun, l’effet en était toujours saisissant. D’abord, elle sentit les gouttes de sueur se cristalliser sur son visage, son front virait au blanc bleuté d’une neige sableuse. Autour d’elle, le paysage était celui d’un autre monde. Ou plutôt, le même monde, vu d’un autre regard. Les arbres qui, il y a quelques secondes, respiraient une vie renaissante, lui figurèrent à présent nus et desséchés, recouverts d’une fine pellicule cotonneuse et glaciale. Mais les arbres n’étaient que les représentants d’une atmosphère unique. Les passants étaient à présent chaudement emmitouflés, là où auparavant, ils ne portaient au plus qu’un vêtement léger sur le corps. Seule elle, était restée la même. Elle n’avait pas froid, mais la sensation de chaleur avait subitement disparu.

Elle savait qu’il suffisait d’un seul pas pour que tout retourne à la normale. Pouvait-elle, toutefois, nommer « normal » un lieu où l’on transpirait par un simple soleil hivernal ? Elle se prit à imaginer, d’un seul coup, et sans trop savoir pourquoi, que la véritable fonction des nirbucrants n’était pas tant d’offrir un confort supplémentaire conçu par quelques scientifiques en mal d’imagination, mais davantage de permettre à chacun de mesurer le degré de déréliction qu’avait progressivement atteint le monde dans lequel ils continuaient, plus insouciamment que jamais, non pas à vivre, mais à exister.

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