Site Meter Précontraint: 05/2007

24/05/2007

Penser à acheter des stores

Encore des nuages.




Ça n'a aucun rapport mais il faut que j'achète des stores pour placer à la fenêtre de la chambre. Il y a trop de soleil dans ce pays. Au moins à Berlin il pleut souvent. La dernière fois qu'on y a mis les pieds j'ai même trouvé des vinyles de Moussorgski dans une poubelle, de belles éditions "made in DDR", introuvable, sauf d'occasion sur cassette, peut-être. Les allemands. Modestement fanatiques. Mais fanatiques, tous. Du propre partout, des aspirateurs, du nettoyage dominical de voitures masculines, l'après-midi vers dix sept heures. Oui, là-bas d'ailleurs ils ont des Mercedes, mais pas nos belles émissions de service public : "Des chiffres et des lettres", "La dictée de Piveau", que de voyelles de retard pour un peuple habitué aux mots à rallonges et aux robustes constructions. Il est vrai qu'ils compensent cette frustration bien compréhensible, ainsi que toutes les autres d'ailleurs, lors de leur beau Carnaval en costume. La seule fête Nationale du pays fédéral. La chute de l'autre, le Mur, personne ne s'en soucie vraiment, enfin si, c'est aussi important qu'une paire de sandale Birkenstock avec des semelles doublées en nubuk : cela permet de vaquer à ses occupations tout en étant parfaitement à l'aise, et en ayant l'air allemand. Le lobby automobile des voitures germaniques, en Allemagne cela a même valeur que la NRA et le port d'arme aux States. Ce sont tous deux des concepts dont l'acception dans ces pays respectifs est autant partagée que le mot wakapou est incompris par les français. Ça a le dont de mettre en lumière un certain manque de détente.


J'espère que le prochain gouvernement déclarera une plage de repos, cet été à Paris, sous le sable ou derrière les grillages des commissariats à la rentrée. « Les agents de la sécurité publique devront aller à la plage apprendre la grammaire des déserts. »


Je sue, tu es, il H.A.I.T. Nous some.


Apprendre à jouer à la pétanque avec les autres. Ouai, mais ceux-là, ils devaient manquer d'amour.


Je bois Pastis, tu bois Ricard, il boit Ouzo, nous buvons Pastis, vous buvez Raki. Eh, on est pas toujours tous les mêmes.


Il va falloir aller au charbon, mais à pied. J'y vais.


Ok. ...Bon ok. ...Tu poses ta casquette. Tu plonges. Tu sauves le noyé. Tu remets la casquette.


REGARDE ! La cascade de noyés ! Ils ont jamais appris à nager ou quoi ?


Et dire qu'il va falloir tous les gauler, danser un tango avec eux, putain, tu veux vraiment jouer à l'écureuil, accumuler tes noix, charger ton bateau, rêver d'avenir glorieux et opulent. C'est ça mec ? Quand tu seras satisfait de ton accumulite effrénée tu couleras, sans aucun doute. Tes jours heureusement tu les as déjà eu lors de ta danse sans soleil sous tes bons airs hispaniques, bel agent.


A Tindouf tes collègues ont déjà tombé le képi pour le cheiche. C'est plus léger mais ça ne rend pas véritablement plus libre. Être un caniche du désert c'est comme jouer les funambules sur une crête de dune : si tu tombes tu n'auras pas mal, pas d'avantages, car tu n'as déjà plus rien. Du fond de la corbeille on saisi bien mieux l'ampleur de sa profondeur. Allez, ajuste ta cheiche, et va tenir ton mur la tête dans les étoiles carrelées de tes vieux palais d'antan.


Poussière, poussière, allez allez, souviens toi de l'espérance, au charbon vieux, si la vie ça fait mal c'est juste que ça monte, ça descend, ça monte, tu n'es pas entièrement désèché.


Chhh... la mort c'est une fable, On la raconte aux petits enfants. Pour commencer à les sécher du dedans. Si tu as encore cette diarrhée alors, réhydrate toi, bois, plein, plein et réveille-toi.


Et ça repart... Et ne me demande pas où.




Je me demande où je vais, allez, pense à la chute des murs, pour toi. Rien que pour moi.

Il était las...

Il était las. Non pas ici, mais las. Fatigué, en somme. Désabusé, aussi. Depuis un lustre, toute motivation l’avait progressivement abandonné, le laissant seul, aux prises avec lui-même. Depuis qu’elle n’était plus. Et toujours, ces quelques mots qui hantaient son esprit tourné vers le passé : « Tu me suicides, si docilement ». Et tout revenait, systématiquement, dans un cycle sans fin. L’accablement, son visage hagard. Son regard se reflétant dans le sien. Puis le souvenir de ses derniers mots, prononcés d’une voix étreinte – fût-ce par la douleur ou l’émotion – :

- « Est-ce un rêve ? »

- « Un mauvais rêve, oui », avait-il répondu.

Ils s’étaient quittés sur ces mots.

Dans la confortable demeure où il s’occupait parfois à quelques activités propres à l’éloigner de son lourd passé, sa mère continuait à veiller sur lui. Parfois, elle s’essayait à lui redonner goût à ce qu’elle appelait la vie. Elle ne savait rien, en réalité, de ce qui s’était véritablement passé. Un jour, alors qu’elle tentait une fois de plus de l’engager à partir à sa recherche, il répondit enfin d’un ton sec et désabusé, quoique curieusement détaché :

« Mère, je sais très mal comment l’on cherche les morts ».

Ladite mère, interloquée par cette réponse, sentit qu’il valait mieux ne pas creuser le sujet :

- « Si tu continues ainsi, c’est toi qui finiras par dépérir. »

- « Oh, moi… », répondit-il. « Peu m’importe. Je suis déjà mort une fois, de toute façon.»

Les journées s’égrenaient péniblement sans beaucoup plus de dialogues ou d’ambiance. Un soir, alors que la nuit noire brillait au dehors de ses éclats scintillants, il était en train d’errer dans la maison, mains dans les poches, en sifflant tranquillement. Il entendit sa mère : « Il ne faut pas siffler entre ses dents la nuit, on risque d’attirer à soi une sirène ». Pour autant, il ne prêta pas attention à la remarque, et poursuivit son chemin en se dirigeant vers sa chambre. Il est vrai que son état était devenu assez préoccupant, ces derniers temps. Il mangeait peu, avait considérablement maigri, et sa lassitude ne le quittait désormais jamais. Il s’allongea confortablement sur son lit, les yeux ouverts quoique ne fixant que le néant.

Une voix se fit entendre. Une voix féminine. Se tournant, il aperçut à la fenêtre une forme. Une forme féminine. Mais il n’en distinguait guère les traits. Il avait seulement une irrésistible envie de la suivre, de la rejoindre. Sans en connaître la raison, il se mit à dire : « Pluie d’étoiles, tombez parmi les chevelures ». Sitôt dit, sitôt fait. Comme si son vœu fût exaucé, il discerna immédiatement sur ce spectre féminin une chevelure argentée luisant à la faveur de la lune. Elle dessina alors une sourire au travers de sa figure emblématique qui lui semblait pourtant familière, puis elle s’étiola, s’éthéra, disparaissant dans un rire discret au parfum légèrement mélancolique. Etait-ce elle ? Un frisson le parcourut de tout son corps. Il eut une irrépressible envie de la retrouver. Sans réfléchir, il s’élança par la fenêtre, profita de quelque courant d’air ascendant pour prendre son envol, et se dirigea vers les cieux obscurs, à la recherche des étoiles parmi lesquelles se trouvait, pensait-il, son passé perdu et ses rêves envolés. Sa mère, qui s’était prise depuis un moment à observer le ciel, vit une étoile subitement décliner, perdre son éclat, et enfin se perdre dans les abysses de la nuit.

Loin du temps, de l’espace, un homme est égaré…

La fièvre

Il se réveille de méchante humeur. La fournée de rêves de la nuit a été trop cuite - c’étaient des rêves durs sous la dent, qui laissent derrière eux autant de miettes pour la journée du lendemain qu’on en a absorbé - et son sourire matinal, d’ordinaire si musical, sonne faux en se brisant contre les miroirs qui tapissent les murs de sa salle de bains. Il a une belle fièvre, le genre de fièvre moite et touffue qu’on trouve dans les bars de fin de nuit. Pour couronner le tout, l’astre du jour darde ses lances aiguës sur la ville ensommeillée, et il déteste la mauvaise poésie. Bref, la journée commence mal, ce qui ne l’empêche pas de mettre sa fièvre à la fenêtre pour la faire sécher.

« C’est à vous, la fièvre sur l’étendoir à linge ? »

La voisine d’en face vient d’emménager. Il l’apprécie peu : elle se promène parfois avec sur la figure un air de de dire tout à la fois « J’aimerais que vous me voyiez nue » et « N’oubliez pas de descendre les poubelles ». Évidemment, cela fait désordre, et il n’aime pas le désordre. Il acquiesce pourtant, on n’efface pas en une désagréable matinée une éducation si solidement chevillée. La petite lance un rire tonitruant, dont les éclats se mettent vite à voler en formation serrée entre les deux immeubles. « Vous êtes si mignon ! » s’exclame-t-elle en prenant son air de putain - du moins espère-t-il qu’il s’agit de son air de putain, le destin de ses déchets ménagers n’étant pas un souci qu’il aime à partager.

« Retenez-vous de rire dans le petit matin, cela fait fuir les mouches. »

« Vous citez bien les poètes, vous, dans le petit matin. Je peux la goûter ? »

La question tombe comme un cheveu sur la soupe : elle virevolte puis s’enroule sur elle-même en circonvolutions inattendues lorsqu’elle atteint la surface. Il manque de s’étrangler en avalant un mot de travers.

« Ma… ma fièvre ? »

« C’est qu’elle est si belle… regardez comme elle brille, je n’en ai jamais vu de pareille ! »

Il n’en faut pas plus à notre ami pour se départir de cette éducation qui, tout bien réfléchi, n’est pas si bien arrimée.

« Vous plaisantez, mademoiselle. Avec le mal que j’ai eu à l’attraper ! »

Les mains

Ce sont mes mains. Elles ne conviennent plus. Je n’en ai pas pris soin, les laissant devenir calleuses, pleines de crevasses et de raidillons ; l’austérité du paysage de leur inutilité me terrifie. Il y a l’alcool, aussi ; j’ai vu trop d’étoiles de fonds de bouteilles, presque une galaxie ; maintenant j’ai des mains de baudruche, les doigts saucissonnés dans leur peau tendue, les ongles incarnés qui ne savent plus bien s’ils doivent pousser vers le ciel ou tomber sur le sol.

Le problème là-dedans, voyez-vous, c’est que je suis pianiste. Je ne sais faire que ça, d’ailleurs. Alors évidemment, c’est foutu pour moi. Je n’ai plus que la chaussée pour pianoter et encore, les symphonies imaginaires jetées sur le trottoir ne m’amusent plus. Le goudron est d’une indifférence à la musique silencieuse qui vaut celle des plus encravatés des passants.

À défaut de battre la mesure il ne me reste qu’à battre la semelle. Cela me réchauffe en hiver et me réveille en été. Je bats les cartes aussi, parfois, le briquet souvent, certains hommes quand d’aventure cela me prend, et les chiens lorsqu’ils s’approchent trop.

Surtout, tous les soirs, je me bats moi-même au jeu de la rue. En attendant celui où je me perdrai.

Elle m’aime…

Elle m’aime. Maintenant je le sais. Je lui ai demandé de ne pas venir me voir à la gare, elle est pourtant venue. Elle m’attendra, mais je ne sais pas si je reviendrai. Je vais au front, déchiré entre le désir de rester avec elle et l’envie de combattre, de défendre ma patrie. Je sais qu’elle souffre, moi aussi. Un nouveau monde m’attend. Je vais devoir faire preuve de courage. Son image sera mon compagnon. Chaque jour, au crépuscule, elle ira au bord du fleuve. Elle m’enverra par la pensée chaque once de chaleur émanant du soleil qu’elle pourra capter. Elle l’a promis. Je les recevrai et me sentirai ragaillardi. Je serai prêt à affronter les pires dangers, à soulever des montagnes. Je lutterai contre la mort. A mon retour, je retrouverai l’expression de son visage innocent, son sourire enjôleur et timide. Elle chantera ma gloire de sa voix suave et enivrante. Je me battrai corps et âme pour lui éviter toute souffrance. Nous passerons des nuits à la belle étoile et nous ne ferons qu’un.

Réveil

C’est comme si j’étais un nomade. Chaque nuit, mon âme va errer dans l’immensité de l’univers. Je voyage dans le monde du fantastique. Je rencontre d’autres âmes. Quelques heures après, un rayon de soleil sournois vient me gratter le bout du nez. Malgré mes réticences il essaie de me transporter vers un autre monde, ce monde. Je résiste, je boude. J’aimerais continuer mon aventure. Le rayon de soleil appelle alors des renforts. L’un d’eux ne rate jamais sa mission: c’est la sonnerie du réveil. Heureusement l’atelier d’écriture ne me décevra pas.

C’est comme si l’on essayait...

C’est comme si l’on essayait, tant bien que mal, de trouver quelque moyen de sortir d’une torpeur envahissante. C’est comme si les mots avaient le pouvoir de nous rendre à la réalité. Comme s’ils offraient quelque terre de reconnaissance à notre esprit embrumé, et pouvaient rompre le lien encore présent avec ces parcelles de rêve que l’aube n’est pas parvenue à anéantir totalement.

Celui qui n’a pas encore atteint l’autre rive ne doit pas se moquer de celui qui se noie

Une souris errant rencontre un chat. Elle est en danger. Mince. Elle n’aurait pas dû sortir. Mais elle aime fouiner. Le chat la croque. Un lézard assiste au carnage. Il rit. Il ne se fera pas prendre. Illusion. Pure illusion. Il y passe. Belle leçon!

Il était parti sur le chemin...

Il était parti sur le chemin. Sans penser au reste. Seul. Il était obnubilé par cette fille. Ce qu’elle disait. Ses mots. Comment elle les prononçait. Il ne savait pas pourquoi. Une impression. Il suivait sa trace sans relâche. Seul. Sans compagnon. Sans la connaître. Tout seul.

Une journée à la campagne

Voici que son regard se porta à présent vers le ciel, et qu’il se mit à observer les nuages, y cherchant quelque forme curieuse dont il pourrait suivre les mouvements. Ici il croit apercevoir une cassette, aux contours cotonneux et arrondis, qu’il se plaît à regarder évoluer. A présent, sa forme est moins évocatrice. Peut-être se dirige-t-elle vers un aspirateur, ou quelque autre appareil ménager aussi peu gracieux ? Voilà qui le coupa de son élan songeur, et il se remit à gambader tranquillement tout en recherchant le mot le plus riche en voyelles, étant grand amateur des mots de sa langue. Faut-il encore que ledit mot lui soit d’un certain intérêt. Un mot comme « fête » lui semble aussi pauvre en voyelles qu’en pouvoir d’évocation. Tout à coup, un mot curieux lui passe par la tête : « nubuck ». Ce mot existe-t-il, d’ailleurs ? Voilà en tout cas des sonorités bien inhabituelles.

A ce moment précis, tandis qu’il humait un air de campagne rafraîchissant tout en marchant nonchalamment, au bord d’une chaussée jusqu’à présent déserte, une voiture fila avec grand bruit, et le ramena sur terre, le regard posé sur le bitume grossier. « Wacapou ! » s’écria-t-il en lui-même, sans trop savoir d’où il pouvait bien sortir un tel mot, ni ce qu’il pouvait bien signifier, d’ailleurs.

En cette fin de journée, la lumière commençait à faiblir, tout en se parant de ces teintes colorées qui font les charmes des soirées. Soudain, une réminiscence entraînée par ces couleurs : quelque jour de congé qu’il avait décidé d’aller passer, seul, au bord de la plage, sur laquelle il avait déambulé toute la soirée en observant les changements du ciel…

Le voilà maintenant revenu aux abords de son village, alors qu’il apercevait les grillages si familiers de son voisinage, qu’il passait devant ce qui fut son école – où il avait reçu ses cours de grammaire, mathématiques, et autres matières dont il s’était alors demandé l’intérêt. La perspective de rentrer chez lui, et d’ingurgiter un verre d’ouzo tandis qu’il se reposerait de ses errances, lui fut une pensée agréable et apaisante, mais il se rappela qu’il lui fallait, avant tout, aller se procurer quelque sac de charbon s’il voulait s’adonner, comme il l’avait prévu, à un barbecue pour son dîner – qui lui permettrait de profiter des derniers instants des teintes rougeoyantes du ciel.

Une journée décidément riche en évasion, ponctuée par une cascade de pensées curieuses qui l’éloignaient d’une vie monotone. Une cascade qui s’abattait au rythme régulier d’un tango qu’il ne savait d’ailleurs absolument pas danser…

L’avantage du ciel par rapport à la mer, se dit-il, est qu’il ne possède pas de rivages sur lesquels s’amassent touristes et bateaux. Un désert céleste, en quelque sorte, ponctué par quelques oasis étoilés, où l’on peut vagabonder à tout moment sans le moindre cheiche.

Le caniche du voisin se mit à aboyer de manière intempestive et sans motif apparent, ce qui lui rappela immédiatement pourquoi il détestait les chiens, et tout particulièrement ceux de ses voisins. Il se mit à penser que ledit voisin, funambule de métier, pourrait fort bien élever son chien pour le faire jouer dans son cirque, à le faire rouler sur une corbeille ou tout autre gadget de ce genre, pourvu qu’il soit suffisamment bien dressé pour finir sa vie sans plus jamais aboyer.

Arrivé chez lui, il se versa son fond d’ouzo, comme il se l’était promis, tandis qu’il commençait à apercevoir quelques étoiles dans le ciel qui s’assombrissait. Sans trop savoir pourquoi, le mot « espérance » lui traversa l’esprit. Quoique la richesse vocalique de ce mot fût toute relative, il lui trouvait un certain charme, tout en étant captivé par son pouvoir évocateur. Sans doute une réminiscence de quelques histoires et fables qu’il avait pu lire, ici et là, entre royaumes elfiques, noues fangeuses et joncs malmenés par le vent.

Une nuit pas comme les autres

Mathieu se promène avec sa grand-mère. Mais de gros nuages assombrissent tout à coup le ciel. Mais Mathieu n’a pas de parapluie. Il est embarrassé, il ne pourra pas courir car sa grand-mère n’en a pas la capacité. Il se souvient alors de cette cassette qu’il avait visionné en famille: une aventure mouvementée d’une jeune fille, Christine, qui avait passé une nuit entière dehors et sous la pluie.

C’était une maniaque du ménage. Son aspirateur ayant eu une panne un soir à 8h, elle décida d’aller en emprunter un chez sa voisine. Mais celle-ci vivait à 100m au bord de la rue en face. Jeanne - c’était son prénom - parlait d’une façon peu courante. Elle n’articulait pas les mots: les voyelles étaient plus appuyées lorsqu’elle s’exprimait. Prenant son courage -elle ne pouvait d’ailleurs pas y résister - Christine alla frapper à la porte. Jeanne organisait une fête chez elle avec une dizaine d’invités. Mais remarque étrange, tous les invités portaient des chaussures en nubuck. Peut-être était-ce de mauvais augure. Christine eut un mauvais pressentiment et décida de rentrer aussitôt après avoir eu l’aspirateur. Arrivée sur la rue elle remarqua un corps allongé qui gisait à coté d’une voiture. Un accident était survenu. Elle marmonna quelques mots inintelligibles, peut-être des jurons. Mais le mot que Mathieu avait pu distinguer ce soir là c’était « wacapou ». La lumière des phares éclairait le visage de l’homme accidenté. Il avait les yeux ouverts mais son visage était pâle à faire peur. Ce regard lui sembla familier. Elle chercha quelques instants dans ses souvenirs. Oh! C’était Jérôme, le beau jeune homme qu’elle avait rencontré à la plage. Dragueur, beau, il l’avait même invité à dîner le lendemain soir. Il avait prétendu avoir acheté une nouvelle sorte de grillage qui lui permettait de confectionner un plat au poulet à la perfection. Cet homme avait un vocabulaire très avancé, une grammaire parfaite, quoiqu’il était étranger. Christine le savait, elle avait une maîtrise en lettres. Il avait promis qu’ils arroseraient son plat au poulet grec avec un bon ouzo qu’on venait de lui offrir. Il avait l’air d’aimer la cuisine. Il lui expliqua de long en large sa technique de grillage avec du charbon de bois comme combustible. Mais leur conversation avait été interrompue par les appels au secours d’un surfer qui faisait de magnifiques cascades dans les grosses vagues déchaînées de l’océan. Ce jeune homme qui était sauveteur dut l’abandonner pour porter secours au surfer. Il était parfait. Carrure athlétique, culture avancée. En plus il savait danser le tango.

Toute cette histoire défila en un clin d’œil dans la tête de Christine. Elle avait passé la nuit suivante à imaginer ce dîner. Elle ne savait pas pourquoi mais son imagination situait toujours la scène dans un bateau, un yacht. Peut-être est-ce le côté romantique de l‘eau, à la façon Venise!

Cet homme couché ne bougeait pas. Elle remarqua autour de son cou une cheiche qui lui rappelait ses voyages dans le Sahara. Mais elle en gardait un mauvais souvenir parce qu’elle y avait perdu son caniche: il n’avait pas supporté la température. Dans ce désert, elle avait rencontré un groupe de maliens qui passaient leur journée à essayer de reproduire des tours de funambule dans un cirque. La chaleur n’avait pas l’air de les déranger.

Une corbeille traînait à coté de Jérôme. Il était à moto. Elle regarda le ciel. Des milliers d’étoiles scintillaient. Elle avait vu Jérôme sauver un homme deux jours auparavant, elle devait le sauver. Son souhait le plus ardent, son espérance la plus folle était que l’accident ne lui ait pas été fatal. Elle ne pourrait le supporter, parce que cet homme hantait déjà ses pensées. Il avait éveillé en elle des sensations inconnues …………………………………