Site Meter Précontraint: Une journée à la campagne

24/05/2007

Une journée à la campagne

Voici que son regard se porta à présent vers le ciel, et qu’il se mit à observer les nuages, y cherchant quelque forme curieuse dont il pourrait suivre les mouvements. Ici il croit apercevoir une cassette, aux contours cotonneux et arrondis, qu’il se plaît à regarder évoluer. A présent, sa forme est moins évocatrice. Peut-être se dirige-t-elle vers un aspirateur, ou quelque autre appareil ménager aussi peu gracieux ? Voilà qui le coupa de son élan songeur, et il se remit à gambader tranquillement tout en recherchant le mot le plus riche en voyelles, étant grand amateur des mots de sa langue. Faut-il encore que ledit mot lui soit d’un certain intérêt. Un mot comme « fête » lui semble aussi pauvre en voyelles qu’en pouvoir d’évocation. Tout à coup, un mot curieux lui passe par la tête : « nubuck ». Ce mot existe-t-il, d’ailleurs ? Voilà en tout cas des sonorités bien inhabituelles.

A ce moment précis, tandis qu’il humait un air de campagne rafraîchissant tout en marchant nonchalamment, au bord d’une chaussée jusqu’à présent déserte, une voiture fila avec grand bruit, et le ramena sur terre, le regard posé sur le bitume grossier. « Wacapou ! » s’écria-t-il en lui-même, sans trop savoir d’où il pouvait bien sortir un tel mot, ni ce qu’il pouvait bien signifier, d’ailleurs.

En cette fin de journée, la lumière commençait à faiblir, tout en se parant de ces teintes colorées qui font les charmes des soirées. Soudain, une réminiscence entraînée par ces couleurs : quelque jour de congé qu’il avait décidé d’aller passer, seul, au bord de la plage, sur laquelle il avait déambulé toute la soirée en observant les changements du ciel…

Le voilà maintenant revenu aux abords de son village, alors qu’il apercevait les grillages si familiers de son voisinage, qu’il passait devant ce qui fut son école – où il avait reçu ses cours de grammaire, mathématiques, et autres matières dont il s’était alors demandé l’intérêt. La perspective de rentrer chez lui, et d’ingurgiter un verre d’ouzo tandis qu’il se reposerait de ses errances, lui fut une pensée agréable et apaisante, mais il se rappela qu’il lui fallait, avant tout, aller se procurer quelque sac de charbon s’il voulait s’adonner, comme il l’avait prévu, à un barbecue pour son dîner – qui lui permettrait de profiter des derniers instants des teintes rougeoyantes du ciel.

Une journée décidément riche en évasion, ponctuée par une cascade de pensées curieuses qui l’éloignaient d’une vie monotone. Une cascade qui s’abattait au rythme régulier d’un tango qu’il ne savait d’ailleurs absolument pas danser…

L’avantage du ciel par rapport à la mer, se dit-il, est qu’il ne possède pas de rivages sur lesquels s’amassent touristes et bateaux. Un désert céleste, en quelque sorte, ponctué par quelques oasis étoilés, où l’on peut vagabonder à tout moment sans le moindre cheiche.

Le caniche du voisin se mit à aboyer de manière intempestive et sans motif apparent, ce qui lui rappela immédiatement pourquoi il détestait les chiens, et tout particulièrement ceux de ses voisins. Il se mit à penser que ledit voisin, funambule de métier, pourrait fort bien élever son chien pour le faire jouer dans son cirque, à le faire rouler sur une corbeille ou tout autre gadget de ce genre, pourvu qu’il soit suffisamment bien dressé pour finir sa vie sans plus jamais aboyer.

Arrivé chez lui, il se versa son fond d’ouzo, comme il se l’était promis, tandis qu’il commençait à apercevoir quelques étoiles dans le ciel qui s’assombrissait. Sans trop savoir pourquoi, le mot « espérance » lui traversa l’esprit. Quoique la richesse vocalique de ce mot fût toute relative, il lui trouvait un certain charme, tout en étant captivé par son pouvoir évocateur. Sans doute une réminiscence de quelques histoires et fables qu’il avait pu lire, ici et là, entre royaumes elfiques, noues fangeuses et joncs malmenés par le vent.

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