Il était las...
Il était las. Non pas ici, mais las. Fatigué, en somme. Désabusé, aussi. Depuis un lustre, toute motivation l’avait progressivement abandonné, le laissant seul, aux prises avec lui-même. Depuis qu’elle n’était plus. Et toujours, ces quelques mots qui hantaient son esprit tourné vers le passé : « Tu me suicides, si docilement ». Et tout revenait, systématiquement, dans un cycle sans fin. L’accablement, son visage hagard. Son regard se reflétant dans le sien. Puis le souvenir de ses derniers mots, prononcés d’une voix étreinte – fût-ce par la douleur ou l’émotion – :
- « Est-ce un rêve ? »
- « Un mauvais rêve, oui », avait-il répondu.
Ils s’étaient quittés sur ces mots.
Dans la confortable demeure où il s’occupait parfois à quelques activités propres à l’éloigner de son lourd passé, sa mère continuait à veiller sur lui. Parfois, elle s’essayait à lui redonner goût à ce qu’elle appelait la vie. Elle ne savait rien, en réalité, de ce qui s’était véritablement passé. Un jour, alors qu’elle tentait une fois de plus de l’engager à partir à sa recherche, il répondit enfin d’un ton sec et désabusé, quoique curieusement détaché :
« Mère, je sais très mal comment l’on cherche les morts ».
Ladite mère, interloquée par cette réponse, sentit qu’il valait mieux ne pas creuser le sujet :
- « Si tu continues ainsi, c’est toi qui finiras par dépérir. »
- « Oh, moi… », répondit-il. « Peu m’importe. Je suis déjà mort une fois, de toute façon.»
Les journées s’égrenaient péniblement sans beaucoup plus de dialogues ou d’ambiance. Un soir, alors que la nuit noire brillait au dehors de ses éclats scintillants, il était en train d’errer dans la maison, mains dans les poches, en sifflant tranquillement. Il entendit sa mère : « Il ne faut pas siffler entre ses dents la nuit, on risque d’attirer à soi une sirène ». Pour autant, il ne prêta pas attention à la remarque, et poursuivit son chemin en se dirigeant vers sa chambre. Il est vrai que son état était devenu assez préoccupant, ces derniers temps. Il mangeait peu, avait considérablement maigri, et sa lassitude ne le quittait désormais jamais. Il s’allongea confortablement sur son lit, les yeux ouverts quoique ne fixant que le néant.
Une voix se fit entendre. Une voix féminine. Se tournant, il aperçut à la fenêtre une forme. Une forme féminine. Mais il n’en distinguait guère les traits. Il avait seulement une irrésistible envie de la suivre, de la rejoindre. Sans en connaître la raison, il se mit à dire : « Pluie d’étoiles, tombez parmi les chevelures ». Sitôt dit, sitôt fait. Comme si son vœu fût exaucé, il discerna immédiatement sur ce spectre féminin une chevelure argentée luisant à la faveur de la lune. Elle dessina alors une sourire au travers de sa figure emblématique qui lui semblait pourtant familière, puis elle s’étiola, s’éthéra, disparaissant dans un rire discret au parfum légèrement mélancolique. Etait-ce elle ? Un frisson le parcourut de tout son corps. Il eut une irrépressible envie de la retrouver. Sans réfléchir, il s’élança par la fenêtre, profita de quelque courant d’air ascendant pour prendre son envol, et se dirigea vers les cieux obscurs, à la recherche des étoiles parmi lesquelles se trouvait, pensait-il, son passé perdu et ses rêves envolés. Sa mère, qui s’était prise depuis un moment à observer le ciel, vit une étoile subitement décliner, perdre son éclat, et enfin se perdre dans les abysses de la nuit.
Loin du temps, de l’espace, un homme est égaré…
- « Est-ce un rêve ? »
- « Un mauvais rêve, oui », avait-il répondu.
Ils s’étaient quittés sur ces mots.
Dans la confortable demeure où il s’occupait parfois à quelques activités propres à l’éloigner de son lourd passé, sa mère continuait à veiller sur lui. Parfois, elle s’essayait à lui redonner goût à ce qu’elle appelait la vie. Elle ne savait rien, en réalité, de ce qui s’était véritablement passé. Un jour, alors qu’elle tentait une fois de plus de l’engager à partir à sa recherche, il répondit enfin d’un ton sec et désabusé, quoique curieusement détaché :
« Mère, je sais très mal comment l’on cherche les morts ».
Ladite mère, interloquée par cette réponse, sentit qu’il valait mieux ne pas creuser le sujet :
- « Si tu continues ainsi, c’est toi qui finiras par dépérir. »
- « Oh, moi… », répondit-il. « Peu m’importe. Je suis déjà mort une fois, de toute façon.»
Les journées s’égrenaient péniblement sans beaucoup plus de dialogues ou d’ambiance. Un soir, alors que la nuit noire brillait au dehors de ses éclats scintillants, il était en train d’errer dans la maison, mains dans les poches, en sifflant tranquillement. Il entendit sa mère : « Il ne faut pas siffler entre ses dents la nuit, on risque d’attirer à soi une sirène ». Pour autant, il ne prêta pas attention à la remarque, et poursuivit son chemin en se dirigeant vers sa chambre. Il est vrai que son état était devenu assez préoccupant, ces derniers temps. Il mangeait peu, avait considérablement maigri, et sa lassitude ne le quittait désormais jamais. Il s’allongea confortablement sur son lit, les yeux ouverts quoique ne fixant que le néant.
Une voix se fit entendre. Une voix féminine. Se tournant, il aperçut à la fenêtre une forme. Une forme féminine. Mais il n’en distinguait guère les traits. Il avait seulement une irrésistible envie de la suivre, de la rejoindre. Sans en connaître la raison, il se mit à dire : « Pluie d’étoiles, tombez parmi les chevelures ». Sitôt dit, sitôt fait. Comme si son vœu fût exaucé, il discerna immédiatement sur ce spectre féminin une chevelure argentée luisant à la faveur de la lune. Elle dessina alors une sourire au travers de sa figure emblématique qui lui semblait pourtant familière, puis elle s’étiola, s’éthéra, disparaissant dans un rire discret au parfum légèrement mélancolique. Etait-ce elle ? Un frisson le parcourut de tout son corps. Il eut une irrépressible envie de la retrouver. Sans réfléchir, il s’élança par la fenêtre, profita de quelque courant d’air ascendant pour prendre son envol, et se dirigea vers les cieux obscurs, à la recherche des étoiles parmi lesquelles se trouvait, pensait-il, son passé perdu et ses rêves envolés. Sa mère, qui s’était prise depuis un moment à observer le ciel, vit une étoile subitement décliner, perdre son éclat, et enfin se perdre dans les abysses de la nuit.
Loin du temps, de l’espace, un homme est égaré…

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